Philosophes de métier

(Concernant la valeur des évaluations qui ont eu cours jusqu’à présent) Ici encore on pourra laisser les philosophes de métier jouer le rôle de porte-parole et d’intermédiaires après qu’ils auront réussi à transformer du tout au tout les relations toujours si aigres et si méfiantes, à l’origine, entre la philosophie, la physiologie et la médecine, en un échange de vues des plus amicaux et des plus féconds. En effet, toutes les tables de valeurs, tous les «tu dois» que connaît l’histoire ou l’ethnologie auraient besoin avant tout d’être éclairés et interprétés par la physiologie plus encore que par la psychologie; tous réclament aussi la critique des science médicales. La question de savoir ce que vaut telle ou telle table de valeurs, telle ou telle morale demande à être posée sous les perspectives les plus diverses; notamment, on n’analysera jamais avec assez de scrupule la question «bon pour quoi ?». […] Toutes les sciences ont désormais à préparer la tâche future du philosophe, cette tâche étant ainsi entendue: le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, il doit déterminer la hiérarchie des valeurs.

Nietzsche, La généalogie de la morale, 1ère dissertation, 17, remarque

 

Philosophie et actualité

Ce qui fait la tension de la pensée philosophique, c’est qu’il lui faut être à la fois extrême éloignement et proximité très intime du monde, vérité critique et élan élémentaire de vie, réflexion et expérience originelle.

Eugen Fink, Le jeu comme symbole du monde, Minuit, Paris, 1966, p.10

Écrire

On n’écrit qu’à la pointe de son savoir, à cette pointe extrême qui sépare notre savoir et notre ignorance, et qui fait passer l’un dans l’autre.

Gilles Deleuze, Différence et répétition, PUF, Paris, 1968, p.4

Un certain rapport de l’idée à la forme

Dans ces études, il s’agit de faire ressortir les connexions et médiations qui font le passage du monde des idées philosophiques au monde de la forme poétique. Dans de tels médiations et passages, les idées révèlent leur pleine teneur: il s’avère que les pensées véritablement créatrices, à côté de leur contenu purement abstrait, saisissable conceptuellement, contiennent une vie de l’esprit concrète qui leur est propre, une force formative et une puissance de donner forme.

Dans : Avant-Propos à Idée und Gestalt, de Ernst Cassirer, publié en 1921. Cité et traduit par Danièle Cohn dans L’artiste, le vrai et le juste: sur l’esthétique des lumières, Éditions Rue d’Ulm, Presses de l’école normale supérieure – musée du quai Branly, Paris, 2014